Un cabinet comptable a trois façons de proposer la création d'entreprise : la traiter en interne, renvoyer ses clients vers une plateforme de création en affiliation, ou distribuer un parcours en marque blanche. Le traitement interne garde la relation mais consomme le temps des collaborateurs ; l'affiliation libère ce temps mais confie le premier moment de la relation à un tiers, qui peut vendre ses propres services. La marque blanche est la seule des trois qui libère le temps du cabinet tout en gardant le client sous sa marque.
Pourquoi la question se pose-t-elle à tous les cabinets ?
Parce que la création d'entreprise est la meilleure porte d'entrée d'une mission comptable, et qu'elle ne paie qu'en volume. Le créateur choisit son expert-comptable au moment où il crée : le cabinet qui l'accompagne alors est le mieux placé pour signer la lettre de mission qui suit. Mais une création traitée dossier par dossier mobilise un collaborateur bien au-delà de son prix (relances de pièces, rédaction des statuts, suivi du greffe), ce qui rend difficile d'en traiter beaucoup. Pourquoi la création est ce produit d'appel est détaillé dans notre article dédié, et sa place parmi les méthodes de développement d'un cabinet dans trouver ses premiers clients.
Un cabinet qui veut faire de la création un produit d'appel doit donc choisir comment la produire. Ce choix se joue sur quatre critères :
- la relation client : sous quelle marque le créateur vit-il sa création, et chez qui laisse-t-il ses données ?
- le temps du cabinet : combien d'heures de collaborateur chaque dossier consomme-t-il ?
- le risque de captation : un tiers est-il en position de vendre ses propres services au client, comptabilité comprise ?
- la responsabilité : qui signe le mandat, dépose la formalité et répond au greffe ?
Quelles sont les trois options, comparées sur ces critères ?
| Traitement interne | Affiliation vers une plateforme | Marque blanche | |
|---|---|---|---|
| Marque vue par le client | Celle du cabinet | Celle de la plateforme | Celle du cabinet |
| Relation client pendant la création | Le cabinet | La plateforme | Le cabinet, le service étant opéré par un tiers |
| Temps des collaborateurs | Collecte, rédaction, dépôt, suivi et rejets | Faible : une recommandation | Aucune action attendue sur le dossier |
| Risque de captation par un tiers | Aucun | Réel si la plateforme vend des services annexes | Dépend de l'opérateur : à vérifier contractuellement |
| Qui dépose et porte le dossier | Le cabinet, comme mandataire | La plateforme | L'opérateur, mandataire désigné par le client |
| Capacité à absorber du volume | Limitée par l'équipe | Élevée | Élevée |
Aucune option n'est mauvaise en soi. Le tableau montre surtout que l'affiliation et le traitement interne obligent à sacrifier un critère, le temps ou la relation, que la marque blanche permet de garder tous les deux.
Faut-il traiter les créations en interne ?
Oui si vous en traitez peu et que vous voulez tout maîtriser ; non si vous voulez en faire un canal d'acquisition. Le cadre le permet : l'article 22 de l'ordonnance n° 45-2138 du 19 septembre 1945, dans sa version en vigueur depuis le 1er septembre 2024, autorise les membres de l'ordre à effectuer des travaux d'ordre juridique, sans que ce soit leur activité principale, pour des entreprises auxquelles ils apportent des missions comptables ou d'accompagnement déclaratif et administratif, ou lorsque ces travaux sont directement liés à leurs travaux comptables. La création s'y inscrit comme ce qu'elle doit rester : la porte d'entrée d'une mission comptable, pas une activité juridique en soi.
Ce que coûte le traitement interne tient en trois postes, qui n'apportent pas de valeur comptable :
- La collecte. Pièces d'identité, justificatif de siège, attestation de dépôt de capital, déclarations des dirigeants : chaque pièce manquante est une relance.
- La production et le dépôt. Rédaction des statuts et de l'annonce légale, saisie sur le guichet unique, passage obligé de toutes les formalités de création depuis le 1er janvier 2023.
- Le suivi. Questions du client, demandes de régularisation du greffe, redépôts : des échanges que vos équipes absorbent bien après la vente.
Côté responsabilité, le cabinet qui dépose agit comme mandataire de son client : le guichet unique demande qu'une copie du mandat soit jointe à la formalité (service-public.gouv.fr). Ces travaux entrent dans le champ de l'assurance de responsabilité civile que l'article 17 de la même ordonnance impose pour l'ensemble des travaux et activités du cabinet : le risque d'une erreur de dossier reste le vôtre.
Le détail de ces postes, et la façon de les digitaliser, est dans notre article sur la digitalisation des créations en cabinet.
Que risque-t-on à renvoyer ses clients vers une plateforme en affiliation ?
De perdre le premier moment de la relation, celui où le créateur choisit ses prestataires. En affiliation, le cabinet recommande une plateforme de création qui opère sous sa propre marque : le client y crée son compte, y signe son mandat, y reçoit ses statuts et son Kbis. Le cabinet ne fait plus rien sur le dossier, mais il n'est plus non plus l'interlocuteur du client pendant la création.
Trois conséquences pour un cabinet :
- La relation appartient d'abord à la plateforme. C'est elle qui détient le compte du client, son historique et ses documents, et qui lui écrit pendant toute la création.
- Le client peut être sollicité pour d'autres services. Selon son modèle, une plateforme de création peut proposer ses propres services annexes au moment où l'entreprise naît : banque, domiciliation, assurance, et parfois une offre comptable. Le cabinet qui a recommandé la plateforme peut alors voir son client équipé par elle avant même la lettre de mission.
- La rémunération de l'apport est encadrée. L'article 22 déclare la profession incompatible avec tout acte d'intermédiaire autre que ceux que comporte son exercice, sauf à titre accessoire et dans les conditions fixées par les normes professionnelles. Une commission d'affiliation se regarde donc à la lumière de ce texte ; en cas de doute, votre conseil régional de l'ordre est l'interlocuteur.
L'affiliation reste une option raisonnable pour un cabinet qui ne cherche pas à faire de la création un produit : elle a un coût nul en temps, et ne demande rien à l'équipe. Elle est mal adaptée à un cabinet dont la création doit justement ouvrir la mission comptable.
Qu'est-ce que la marque blanche change pour le cabinet ?
Elle sépare la marque de la production : le client crée sa société dans un parcours à la marque du cabinet, et un opérateur spécialisé réalise tout le dossier. Le cabinet garde la relation sans y consacrer de temps de collaborateur, ce qui lève la contrainte de volume du traitement interne. Le fonctionnement général du modèle est décrit dans notre article sur la création d'entreprise en marque blanche.
Sur les quatre critères :
- Relation client. Le client voit le cabinet du début à la fin, et le cabinet reprend la main dès l'immatriculation pour lui proposer sa lettre de mission.
- Temps du cabinet. Questionnaire, pièces, documents, signatures, annonce légale, dépôt et régularisations sont pris en charge par l'opérateur.
- Captation. Le risque dépend de l'opérateur : s'il vend des services annexes, il retrouve la position d'une plateforme en affiliation, sous une autre marque. C'est le premier point à vérifier avant de choisir.
- Responsabilité. L'opérateur dépose la formalité comme mandataire désigné par le client final. Le cabinet distribue le parcours sans effectuer lui-même les formalités : le détail est dans qui porte la responsabilité d'un dossier en marque blanche.
Une marque blanche ne dispense pas le cabinet de ses propres règles : la façon dont il présente l'offre de création à ses clients reste soumise à sa déontologie. Pour un montage particulier, comme une refacturation ou une offre groupée avec la mission comptable, le conseil régional de l'ordre est l'interlocuteur.
Comment choisir entre les trois options ?
En partant de ce que la création doit vous rapporter. Si elle reste une prestation ponctuelle, pour quelques clients que vous connaissez déjà, le traitement interne suffit. Si vous ne souhaitez pas proposer la création et que perdre le premier contact ne vous coûte rien, l'affiliation est la plus simple. Si la création doit devenir votre porte d'entrée vers de nouvelles missions comptables, il faut à la fois du volume et la relation : c'est le cas d'usage de la marque blanche.
| Votre objectif | Option la plus adaptée |
|---|---|
| Quelques créations par an, pour des clients existants | Traitement interne |
| Ne pas proposer la création, orienter seulement | Affiliation, en vérifiant ce que la plateforme vend à vos clients |
| Faire de la création un canal d'acquisition de missions comptables | Marque blanche, avec un opérateur qui ne vend aucun service concurrent |
Les mêmes arbitrages, vus côté éditeur de logiciel ou néobanque, sont détaillés dans développement interne, API ou marque blanche.
Ce que Cofondo change pour vous
Avec Cofondo, vos clients créent leur société sous la marque du cabinet, et Cofondo gère tout le service, du questionnaire au Kbis, sans action administrative de vos équipes : vos collaborateurs n'ont rien à relire ni à valider. Cofondo agit comme mandataire de formalités désigné par votre client final, assure le support sous votre marque jusqu'à l'immatriculation puis passe le relais à vos équipes, et corrige puis redépose le dossier sans frais supplémentaires en cas de rejet. Cofondo ne propose aucun service annexe (banque, domiciliation, comptabilité) : votre client reste le vôtre. Le lancement prend moins d'une semaine, sans frais d'intégration, pour la SASU, la SAS, la SARL, l'EURL et la micro-entreprise.
Cet article présente un cadre général et ne constitue pas un conseil juridique ni déontologique. Pour une situation propre à votre cabinet, consultez votre conseil régional de l'ordre.